République Démocratique du Congo : Adoption du taux de change flottant

Vers le sauvetage de l’économie ou vers la crise sociale

 Les espoirs nés de l’avènement de la troisième République ont prématurément été battus en brèche par la guerre d’agression dont continue à être victime la République Démocratique du Congo. La conséquence de cette situation sur le plan économique est que tous les indicateurs sont en rouge : la production quasi-inexistante, les prix allant crescendo et toujours en sens unique, la monnaie en dégringolade permanente … autant de paramètres qui en constituent l’illustration.

 

Parlant de la monnaie, les Congolais ont encore frais dans la mémoire les mesures économiques prises par le Gouvernement de la République le week end du 26 mai 2001 à l’issue d’un Conseil extraordinaire des ministres. Le compte rendu a été lu sur les antennes de la Radio et de la Télévision nationale congolaise. Ces mesures se résument en l’adoption du taux de change flottant et le glissement du prix des produits pétroliers.

 

De la monnaie congolaise.

 

La valeur d’une monnaie ou son pouvoir d’achat est fonction  de la quantité de biens que son détenteur acquiert, en dépensant une unité. Si un dollar américain ne permet d’acheter 10 baguettes de pains et que un franc congolais donne droit à une seule, je conclurai que le dollar américain vaut dix fois plus que le franc congolais. A l’inverse, le franc congolais vaut dix fois mois que le dollar américain. Les exemples sont légion. C’est la parité, comme aiment dire les cambistes de la rue. Mais le terme existe bel et bien dans le jargon du métier.

 

A sa publication le 17 juin 1998, le décret-loi n°080 instituant le franc congolais en son article 3, déterminait les parités internes et externes en FC comme suit :

« Alinéa 1. La parité interne est fixée, pour 1 Franc Congolais, respectivement à 100.000 NZ et 14.000.000 Z

Alinéa 2. La parité externe du Franc Congolais est déterminée en Fonction des forces du marché, conformément au régime de change flottants, en vigueur».

 

Tout le monde savait que la publicité médiatique qui avait entouré la mise en circulation du Franc Congolais faisait état du taux de 3 FC pour 1 $ US.

 

Notre fameuse « adoption » du taux de change flottant du week-end du 26 mai parlait de 1 dollar américain pour 313,5 FC. En terme clair, en trois ans d’existence, le Franc congolais est dévalué de 1.035 %, soit une moyenne journalière de 0,95 % de dépréciation. Il faut  remonter à l’histoire de la Lire italienne d’après guerre pour rencontrer un tel phénomène. Les spécialistes à la publication des records extrême attribueraient à notre monnaie la triste « palme d’or » de la monnaie la plus vulnérable au monde en trois ans d’existence. C’est ni plus ni moins l’effondrement d’un édifice apparemment géant, mais construit sur le sable.


Par ailleurs, le fameux « glissement » du prix des produits pétroliers dont le prix du litre d’essence à la pompe qui est passé de 70 à 280 FC en 24 h , n’est d’autre qu’une augmentation de prix. C’est plus qu’énorme pour une population dont le pouvoir d’achat est nul pour ne pas dire négatif , depuis plusieurs décennies déjà. Vu la sensibilité de ce secteur entamé par des virus de la dévaluation, imaginez la suite sur la consommation globale.

 

Nous comprenons que dans une situation qui est celle que nous traversons d’une manière quasi-chronique , la reprise de la coopération avec le Fonds Monétaire International est un passage obligé pour relancer l’économie. Nous savons aussi que la dernière mission conjointe des délégués des institutions de Bretton-Woods à Kinshasa, n’est pas innocente vis-à-vis des mesures drastiques que le gouvernement de la République vient de rendre publiques pour relancer l’économie de la République Démocratique du Congo longtemps privée de l’aide financière extérieure.

 

Nous n’ignorons pas non-plus que depuis qu’il a pris en mains les destinées du Congo malade de ses institutions et de ses infrastructures, le tout jeune président de la République se distingue par ses intentions d’améliorer le social et le vécu quotidien de son peuple. Qu’il soit gratifié pour cette attitude positive.

 

Nous nous félicitons de constater également que depuis le denier remaniement, le gouvernement mis en place est composé des technocrates dont la plupart ont fait leurs preuves ailleurs. Nous avons besoin de leur expérience, certes .

 

Notre soucis majeur est de rappeler aux uns et aux autres que seules les « intentions de faire » ne suffisent pas. C’est déjà bien courageux d’abandonner la politique d’autruche. Mais le peuple s’attend à une situation de stabilité monétaire. Partant, celle des prix sur le marché ainsi que la nécessaire réhabilitation du circuit bancaire. Le gouvernement devra adopter une attitude qui lui permettra de ralentir le financement monétaire pour combler son chronique déficit budgétaire ; Il aura ainsi le pouvoir de disposer des ressources possibles en vue de faire exécuter ses projets de développement.

 

Après avoir abandonné sa politique d’autruche comme nous venions de le souligner, le soucis du gouvernement s’est focalisé autour des mesures d’encadrement dans le but de préserver le peu de pouvoir d’achat de la population ou d’une partie minime de celle-ci, si ce pouvoir existe encore. Le pouvoir en place ne doit pas perdre de vue que les ennemis de la RDC n’ont pas encore désarmé en dépit de certaines déclarations bienveillantes destinées à nous endormir. Beaucoup espèrent encore exploiter le manque d’expertise politico-économique de la part du pouvoir à Kinshasa pour nous déstabiliser et perpétuer la misère du peuple congolais.